Tunisie : Ennahdha se taille la part du lion dans le nouveau gouvernement

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Le président Kaïs Saïed (à droite) recevant le Premier ministre Habib Jemli, le 15 novembre à Tunis (image d'illustration). © Slim Abid/AP/SIPA

Le chef du gouvernement Habib Jemli a annoncé le 2 janvier la composition de son équipe, mettant fin à un suspense de plusieurs semaines. Contrairement à ce qu’il avait annoncé fin décembre, les membres de son exécutif ne sont pas tous des technocrates indépendants.

Quarante-deux jours après avoir été chargé de former le gouvernement, Habib Jemli a rendu sa copie au président de la République, Kaïs Saied. Il lui reste à obtenir l’aval de l’Assemblée pour que son équipe devienne opérationnelle. Le nouveau chef du gouvernement met ainsi fin à des semaines de palabres, de rebondissements et de négociations avec les partis qui l’avaient conduit à annoncer, le 24 décembre, qu’il constituerait un exécutif de compétences non partisanes. Une manœuvre difficile, voire impossible.

Désigné par Ennahdha, parti majoritaire à l’Assemblée avec seulement 52 sièges, Habib Jemli pouvait difficilement faire cavalier seul et ne pas prendre en compte les conditions imposées par la formation menée par Rached Ghannouchi, notamment sur l’attribution des ministères de souveraineté. Mais il a surtout été confronté aux rivalités partisanes et aux exigences des partis qui, en échange de leur soutien au gouvernement, exigeaient certains portefeuilles mais l’exclusion de leur rivaux. De quoi rendre complexe un accord pour un gouvernement tant il a été difficile de parvenir à un équilibre sur fond de paysage parlementaire morcelé.

Certains partis, dont le Courant démocratique et El Chaab, poussaient à constituer « un gouvernement du président », soit un exécutif de soutien à Kaïs Saied. D’autres formations voulaient pour leur part qu’Ennahdha, impliquée dans le pouvoir depuis 2012, gouverne seule afin qu’elle endosse ses responsabilités. Des souhaits non convergents et souvent incompatibles avec les priorités d’un pays qui périclite avec un conflit à ses frontières.

Dissensions au sein du gouvernement

Le nouveau gouvernement, composé de 42 portefeuilles, dont 14 secrétaires d’État, illustre ces multiples dissensions. Malgré toutes les affirmations de Habib Jemli, les ministres ne sont pas tous des indépendants.

Comme attendu, Ennahdha s’accapare pour des ministères de l’Intérieur et de la Justice. Le premier échoit au porte-parole Pôle judiciaire de lutte contre le terrorisme, Sofiene Selliti. Proche des islamistes, cet ancien premier substitut du procureur de la République a souvent été confronté aux avocats du collectif de défense de Chokri Belaïd et Mohamed Brahmi. Le second est obtenu par le magistrat Hédi Ghediri, ancien premier président de la Cour de cassation. Quant à Abdellatif Missaoui, juge et ancien gouverneur de Ben Arous, il aura la charge des domaines de l’État.

Jeune Afrique


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