Attaque contre deux pétroliers dans le golfe d’Oman

Image Description
Monde
Deux tankers, norvégien et japonais, ont été la cible d'une attaque d'origine indéterminée en mer d'Oman. Reuters

Pétroliers en feu, opérations de sauvetage de dizaines de marins : deux tankers, norvégien et japonais, ont été la cible d’une attaque d’origine indéterminée en plein Golfe.

Une épaisse colonne de fumée noire s’élevant d’un navire sur une mer d’huile. Les images, diffusées par la télévision d’Etat iranienne jeudi 13 juin, témoignent des tensions qui agitent depuis un mois la mer d’Oman, en plein Golfe, du fait de la crise entre les Etats-Unis et l’Iran.

Deux pétroliers, norvégien et japonais, ont été la cible jeudi d’une attaque d’origine indéterminée. La Ve Flotte américaine, basée à Bahreïn, a indiqué avoir reçu deux « appels de détresse » tôt dans la matinée.

A Oslo, les autorités maritimes ont clairement parlé d’une attaque, en rapportant que trois explosions avaient eu lieu à bord d’un pétrolier norvégien. Battant pavillon des îles Marshall, ce pétrolier, Front Altair, un tanker de 111 000 tonnes propriété du groupe norvégien Frontline, a été « attaqué » entre les Emirats et l’Iran, « à 6 h 03 locales », ont annoncé dans un communiqué les autorités maritimes norvégiennes, précisant qu’aucun membre d’équipage n’avait été blessé malgré l’incendie.

Le second navire, le Kokuka-Courageous, un méthanier, a essuyé des tirs mais les 21 membres d’équipage ont été sauvés après l’abandon du navire, et sa cargaison de méthanol est intacte, a affirmé son opérateur japonais, Kokuka Sangyo. « Il semble que d’autres navires aient également essuyé des tirs », a dit le président de la compagnie, Yutaka Katada, confirmant des informations de sa société mère de Singapour, BSM Ship Management.

Une image diffuse le 13 juin par le mdia dEtat iranien IRIB Une image diffusée le 13 juin par le média d’Etat iranien IRIB. AFP PHOTO / HO / IRIB

L’Iran a exprimé ses « inquiétudes » après des « incidents suspects ». Dans un premier temps, Téhéran a parlé d’« accident » et indiqué avoir porté secours à « deux tankers étrangers » en mer d’Oman. « Quarante-quatre marins ont été sauvés des eaux par une unité de secours de la marine [iranienne] de la province d’Hormozgan [sud de l’Iran] et transférés au port de Bandar-é Jask », écrit l’agence de presse officielle iranienne IRNA. Les deux incidents ont eu lieu à une heure d’intervalle à 25 mille nautiques et 28 milles nautiques de Bandar-é Jask.

Tensions et hausse des prix du pétrole

Les cours du pétrole ont brusquement grimpé après l’annonce de cet « incident » dans le golfe d’Oman par un service d’information sur la navigation commerciale géré par la Royal Navy. « Le Royaume-Uni et ses partenaires sont en train d’enquêter », a déclaré le United Kingdom Marine Trade Operations (UKMTO) sur son site Internet, sans donner de précisions.

Un cinquième de la demande mondiale de pétrole transite par le détroit d’Ormuz, où, le 12 mai, quatre navires – deux saoudiens, un émirati et un norvégien – dont trois pétroliers, avaient été endommagés par des « actes de sabotage » attribués à l’Iran par l’Arabie saoudite. Selon John Bolton, conseiller à la sécurité de la Maison Blanche, ils sont dus à des mines iraniennes.

Cet incident survient alors que Shinzo Abe, le premier ministre japonais, a rencontré le Guide suprême iranien au deuxième jour d’une visite inédite à Téhéran au cours de laquelle il a appelé la République islamique à « jouer un rôle constructif » au Moyen-Orient. Le Guide suprême iranien a rejeté jeudi tout dialogue avec le président américain : Donald Trump « ne mérite pas qu’on échange des messages avec lui », a-t-il dit. Le Japon est un allié-clé de Washington, ennemi juré de la République islamique, et entretient traditionnellement de bonnes relations avec l’Iran. L’an dernier, les Etats-Unis ont quitté unilatéralement l’accord de 2015 conclu à Vienne puis rétabli et renforcé des sanctions contre la République islamique.

« Certaines parties de la région essayent d’attiser le feu »

La France appelle l’ensemble des acteurs concernés « à la retenue et à la désescalade » et rappelle son attachement à la liberté de navigation, a déclaré jeudi la porte-parole du Quai d’Orsay.

« La région n’a pas besoin de nouvelles causes de déstabilisation et de tensions et, par conséquent, la haute représentante renouvelle son appel à la retenue maximale et à éviter toute provocation », a déclaré la chef de la diplomatie européenne, Federica Mogherini.

De son côté, le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a condamné jeudi les attaques lors d’une réunion du Conseil de sécurité sur la coopération entre les Nations unies et la Ligue arabe, demandant « l’établissement des faits » et des « responsabilités » et soulignant que le monde ne pouvait se permettre un conflit majeur dans le Golfe.

Intervenant à la suite de M. Guterres, le secrétaire général de la Ligue arabe, Ahmed Aboul Gheit, a dénoncé « une évolution dangereuse »au Moyen-Orient. « Le ciblage de pétroliers et les attaques au cœur de l’Arabie saoudite avec missile, comme on l’a vu il y a deux jours, sont une évolution dangereuse. Elle doit amener le Conseil de sécurité à agir contre ceux qui sont responsables, afin de maintenir la sécurité et la stabilité dans la région », a-t-il réclamé. Le secrétaire général de la Ligue arabe a aussi estimé, sans les nommer, que « certaines parties de la région essayent d’attiser le feu » et qu’« il faut en être conscient ».

Le Conseil de sécurité de l’ONU tiendra jeudi, à la demande des Etats-Unis, une réunion d’urgence à huis clos sur les dernières attaques contre deux pétroliers dans le Golfe, ont indiqué des diplomates.

Le Monde


AfricaWeb is an independent journalism company dedicated to in-depth reporting and high-quality investigative about the issues that matter most to Africans.

Sur le meme sujet